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SON pape

Ana m’accueille toujours avec la même gentillesse. Dans la petite entrée, une étagère avec quelques gâteaux et bonbons en attente pour le facteur ou les enfants du quartier. « Vous savez j’adore les enfants. Et je ne me sens jamais seule chez moi parce que ma maison donne sur la rue. Je vois les petits aller et venir de l’école et parfois, je leur jette des bonbons. Ils sont gentils !»

Son intérieur est chaleureux et soigné, mais suranné et défraîchi. Sur le haut du canapé, confortablement installés, plusieurs peluches et deux poupées, nous observent l’air légèrement penché. La télévision se dresse face aux fauteuils en bonne position au milieu du salon. Au pied de l’écran, des bouilles encadrées d’enfants sourient aux visiteurs. Sur le mur, à côté des casseroles de cuivre qui tintent quand on les frôle, une étagère de souvenirs et bibelots semblant provenir des quatre coins du monde invite instantanément au voyage et ajoute à l’esprit bon enfant de la pièce. Tous ces objets semblent avoir été disposés avec grande précision et pas un gramme de poussière ne les voile.    

« Asseyez-vous », dit-elle en restant debout, agrippée à sa canne.  « Je ne veux pas m’asseoir car j’ai du mal à me relever ensuite. C'est à cause d'un accident que j'ai eu il y a des années, une voiture qui m’a renversée. J’ai mis des mois à m’en remettre. Regardez ! ». Et Ana soulève un coin de sa blouse Blanche Porte à pois bleus et me dévoile sa large cuisse sur laquelle une cicatrice de 40 cm trace une médiatrice sur la cellulite, du dessus du genou jusqu’au bassin.

« Vous devez avoir chaud par ce temps ? me dit-elle. Un verre d’eau ? ». Sur la table sur laquelle elle a fait de la place en poussant ordonnances et médicaments, trônent un verre et une bouteille d’eau fraîche. Tout est prêt ! « Buvez ! » Son ton ne souffre pas de contradiction.  

Sur un coin du buffet, une pile de courriers commerciaux vendant à peu près tout attend d’être traitée : de la Blanche Porte à 30 millions d’amis, du club du livre aux collections numismates de Liriade, des sociétés de vente qui vous promettent des millions aux bienfaits des produits probiotiques en passant par les pierres miraculeuses apportant le bonheur... Chaque courrier est soigneusement daté à son jour de réception et les mots ou phrases importantes sont surlignés au marqueur jaune : « Je sais chère Ana que vous avez eu une vie difficile, les astres me l’ont dit. C’est pourquoi je vous écris aujourd’hui ! Maintenant, vous avez droit au bonheur !…. Et blablabla… ».

Ana me regarde et ajoute aussitôt sur le ton de la confidence, en posant sa main sur mon poignet pour que je sois attentive : « vous voulez que je vous dise ? mon porte- bonheur, c’est MON pape ». De la poche de sa blouse, elle tire alors avec beaucoup de délicatesse une boite en plastique transparente et ronde dans laquelle se trouve une pièce. « c’est MON pape ! lance-t-elle fièrement. Jean-Paul II. Je le garde toujours sur moi, il me protège ». Et elle serre la pièce contre son coeur.

« Vous savez, on n’a pas eu une enfance facile. Nos parents étaient partis en France pour travailler. J’étais restée au pays chez ma grand-mère avec mes frères et sœurs, il faisait très froid là-bas l'hiver. Mon frère aîné lui, était chez un oncle. Il était élevé à la dure, n’avait pas toujours à manger et dormait dans la niche du chien, dehors. C’est pas correct de traiter des enfants comme ça, non ? Je ne l’ai pas revu mon frère, il est mort à 11 ans... De maltraitance ! Comme on voit à la télé… Alors, moi, je ne peux pas comprendre. Comment peut-on faire ça à des enfants ?

Plus tard, nous avons rejoint mes parents en France. Moman travaillait pour le directeur des PTT locales et parfois c’était notre père qui nous gardait. Mais mon père, il faisait des choses pas bien. Quand Moman travaillait, il invitait des amis à passer la soirée avec lui. C’était un prétexte pour avoir des témoins crédibles pour le dédouaner car pendant ce temps, il se passait des choses. Il a essayé avec moi mais je n’étais pas d’accord et je ne me laissais pas faire, alors il a embêté ma petite sœur. Il lui disait : « viens faire pipi avant de te coucher ». J’avertissais ma sœur de ne pas y aller, mais elle était trop naïve et elle obéissait. Et il lui faisait des choses, et ça s’est passé plusieurs fois !  Alors, un jour, j’ai tout raconté à Moman et je lui ai dit : « si tu le fais pas partir, c’est moi qui partirai !». Et elle l’a fait partir. »

Et en disant ça, Ana s’éloigne de son pas chaloupé. Elle revient quelques instants plus tard, l’air tout joyeux, comme si elle avait déjà oublié ce qu’elle venait de me confier : « Vous avez vu mon nouveau bébé ? Il est beau, hein ? ». Et dans ses bras, tel l’enfant Jésus, elle berce avec fierté et tendresse une poupée qui a tout du nouveau-né. La copie est d’un réalisme impressionnant. « N’est-ce pas qu’on dirait un vrai ?  C’est Petit Amour. ». Et après quelques câlins - peut-être pour adoucir à défaut d'oublier la cruauté de ce qu'elle venait de me raconter - Petit Amour s’en va rejoindre les autres baigneurs sur le haut du canapé.

Comme à chaque fin de rendez-vous, tous les sujets d'actualité sont évoqués pour me garder encore cinq minutes supplémentaires, jusqu’à que vienne le « au revoir, je vous regarde par la fenêtre », qui marque le dernier rituel. Et Ana est là, comme à chaque départ, derrière sa fenêtre à me dire au revoir d’un long signe de la main jusqu’à ce que j’aie tourné la rue.

***

Hélas le jour est venu où la maison resta muette et les volets clos ; Ana n'était pas au rendez-vous. Un appel de la famille m’informa plus tard qu’Ana nous avait quittés. J'allai les aider à liquider quelques démarches et pénétrai dans ce lieu qui m'était devenu si familier et accueillant après deux années de visites. Mais ce n’était déjà plus la maison d’Ana. Plus de gâteaux ni bonbons à l’entrée, un canapé vidé de ses occupants et l’étagère de ces bibelots : la maison avait perdu son âme.

Sur la table dans un carton s’entassait pêle-mêle tout un tas d’objets. « On a dû faire un de ces ménages ! Tenez, tout ça, c’est bon pour la poubelle. Mais si vous voulez quelque chose, servez-vous ! ». J’aperçus quelques pièces de collections que je proposai de donner à une autre dame collectionneuse, en remerciant la famille qui ne semblait pas s’émouvoir le moins du monde du sort de ces objets insignifiants. Parmi ces quelques pièces, une plus grande attira mon regard, comme un signe.... Au milieu des détritus, elle semblait dire "sauve-moi ! Je la pris au creux de ma main. ". C'était « SON » Pape ! Ce Pape qu’Ana ne quittait plus jamais et qu’elle a sûrement rejoint à présent...

Oscar l'Alsacien

Calé au fond de son fauteuil roulant, Oscar se balance d’avant en arrière par légères pressions des pieds sur le sol. Sa femme s’exaspère de ce mouvement incessant mais il n’écoute pas. Du haut de ses 90 ans, il parait détaché de toute contrainte ici-bas. Pourtant le poids des années semble tant peser sur sa tête qu’elle penche d’un côté, puis de l’autre. D’une voix lente et posée, il commence son récit ponctué par le grincement du fauteuil.

« Au début de la guerre, j’ai été mobilisé par l’armée française comme tous les jeunes de mon âge. Au bout de quelques semaines, l’armée française a été mise en déroute. Nous étions encerclés par les allemands, et comme beaucoup d’autres, j’ai été fait prisonnier. Quand les allemands ont su que j’étais alsacien, ils se sont exclamés « mais vous êtes allemand ! ». Suivant cette logique, ils m’ont libéré et renvoyé dans mes foyers. Mais la guerre n’était pas finie. Le revers de la médaille vint quelques mois plus tard quand les allemands ont eu besoin de nouveaux soldats pour aller se battre sur le front russe. Comme moi, de nombreux alsaciens ont été enrôlés de force. Nous n’avions pas le choix sauf à mettre notre famille entière en péril. Je me suis donc plié à leurs exigences et suis parti combattre sur le front russe sous l’uniforme allemand. Mais cette guerre n'était pas la mienne et je me battai mollement, évitant au maximum les combats. Tout alsacien que j'étais, je ne me sentais pas allemand ! J’ai à nouveau été fait prisonnier mais par les anglais cette fois-ci.

La fin de la guerre approchait. Lors du débarquement, il fallait des soldats en nombre. Les anglais m’ont alors dit : « Vous êtes alsacien ? Vous êtes donc français et non allemand ! Vous allez combattre à nos côtés. » J’ai donc été libéré…. pour finir la guerre en tant que « français ». Mais comme les anglais n’avaient pas d’uniforme français à me donner, j’ai dû porter un uniforme anglais.

C'est peu banal mais j’ai fait la guerre sous trois uniformes ! ». Une lueur espiègle s'alluma dans ses yeux à cette évocation, puis un sourire amusé.

Sa femme l’avait écouté avec beaucoup d’attention, sans l'interrompre. La voix vacillante d’émotion, elle conclut : « tu ne m’as jamais raconté ça ! ».

Deux jours après, Oscar l’alsacien s’éteignait, comme si ce dernier récit inédit venait clôturer une vie bien remplie.  

Tes papiers sont faux ! Qui es-tu ?

Mon père avait reçu une convocation en 41. Il s'y est rendu et a été arrêté. On ne savait pas encore à ce moment-là ; il ne s’est pas méfié. Il avait environ 39 ans. C’était une des premières rafles et, au début, ils ne prenaient que les hommes.  A la fin de la guerre, j’ai croisé une de mes connaissances qui m’a dit qu’il avait été prisonnier avec mon père. Après son arrestation, mon père avait été envoyé en Pologne. Tous venaient d’être libérés par les russes ; mon père, tout comme lui, allait rentrer ! Hélas, il n’est jamais arrivé.

Ma mère l’a attendu tous les jours, elle a beaucoup pleuré de ne pas le voir arriver. Nous ne savions pas ce qui lui était arrivé. Longtemps après, la famille a voulu savoir ce qu’il était devenu. Nous avons été consulter les registres que les allemands tenaient à jour et où tout ce qui se passait était méthodiquement répertorié. C’est ainsi que nous avons appris que mon père avait bien été prisonnier mais qu’il avait été libéré par les russes avant d'être déplacé. Il avait survécu toutes ces années. Malheureusement, ils ont fait faire une longue marche aux anciens prisonniers et mon père, trop fatigué, est mort d’une fièvre et d’épuisement. Mais il était libre !

Pendant la guerre, nous nous cachions à Paris avec ma mère et ma sœur. Nous avions dans l’immeuble un officier de police qui nous aidait et surtout qui nous prévenait quand il y allait avoir une rafle. Nous allions nous cacher. Cet homme nous a fourni de faux-papiers. Il avait francisé notre nom en changeant deux lettres. J’avais environ 15 ans et je travaillais un peu avec ma sœur.

Un matin, dans le métro, j’ai vu arriver des hommes qui contrôlaient et interrogeaient les jeunes gens. J’ai ordonné à ma sœur de filer rapidement et de rentrer à la maison. Elle a pu s’enfuir mais pas moi. De loin, elle a assisté à mon arrestation. Très vite, les hommes m’ont dit que ma carte d’identité était fausse. Avec d’autres jeunes arrêtés comme moi, ils nous ont mis dans une camionnette. Les autres jeunes n’avaient pas l’air inquiet.

Un des hommes qui m’avait arrêté est venu me voir à plusieurs reprises. Il me disait à chaque fois « ta carte est une fausse. Tu es qui ? Tu fais du marché noir ? Tu es juif ? Ce n’est pas ton vrai nom ? Comment tu t’appelles ? Pourquoi tu n'es pas au collège à cette heure ? ». Je lui répondais invariablement à chaque fois qu’il n’avait pas à me demander mon nom puisqu’ il le connaissait ; il était inscrit sur mes papiers qu’il avait en sa possession. Il me répétait alors que c’était des faux et je lui assurais que non. Il me redemandait inlassablement ce que je faisais et m'invitait à réfléchir encore. Il ajoutait qu’il savait que ma vie en dépendait et qu’il avait un fils de mon âge. Puis il repartait voir ses comparses. Il ne parlait pas aux autres jeunes, seulement à moi. 

Au bout d’un moment, l’homme m’a dit : « on est bientôt arrivés, réfléchis bien, c’est ta dernière chance ! ». J’avais beau réfléchir, la situation me semblait inextricable : si j’avouais, je risquais gros et peut-être de mourir et si je n’avouais pas, semblable sort pouvait également m’attendre. J’étais mort dans tous les cas. Il n’y avait pas d’issue.

Soudain l’homme est revenu vers voir et m’a chuchoté : « je t’ouvre le loquet. Au prochain arrêt, tu ouvres la porte, tu sautes du camion et tu files le plus vite possible ». J’étais pétrifié. Que devais-je faire ? Si je sautais, ils me tireraient sûrement dans le dos ? C’était peut-être un piège. Comment savoir si je pouvais lui faire confiance. Mais comme il avait plusieurs fois fait référence à son fils du même âge en me disant qu’il n’aurait pas voulu que son fils soit à ma place en ce moment, je décidais de me fier à mon instinct. Mort pour mort, il fallait essayer ! Je n’avais plus rien à perdre.

Le camion a ralenti et je me suis dirigé discrètement vers la porte. Personne ne semblait faire attention à moi, les autres jeunes discutaient. A l'arrêt complet du véhicule, je poussai la porte qui s'ouvrit alors, j’en étais presque étonné. J'ai sauté et me suis mis à courir comme jamais… J’étais persuadé que j’allais recevoir une balle dans le dos… Il me semblait à chaque mouvement la sentir déjà pénétrer en moi.

Dès que j’apercevais une porte cochère ouverte, je m’y glissai pour reprendre ma respiration et, après avoir sommairement vérifié les environs, je reprenais ma folle course à travers les rues de Paris qu’heureusement je connaissais très bien.

Quand je suis arrivé chez moi, ma sœur était rentrée depuis longtemps et la nouvelle de mon arrestation avait terrassé tout le monde. Ma mère était désespérée, elle avait déjà perdu son mari…. J’ai été accueilli avec des torrents de larmes.

Je n'oublierai jamais cet homme qui m’a laissé partir. Il m'a certainement sauvé la vie. Dans une époque où on ne pouvait faire confiance en personne, j'ai eu une chance inouïe de croiser sa route. Sans nul doute, c'était un homme bon.  

Une enfance au siècle dernier (1913-1920)

Extraits du récit de Marthe C.

[...] Quand la guerre de 1914 a débuté, mon père a rejoint son régiment d’infanterie à Autun. Il a disparu au début de juin 1916 au fort de Vaux à Verdun lors des grandes offensives de juin 1916 ; on ne l’a jamais retrouvé. Nous n’avons jamais su exactement quand ni comment il était mort car la bataille de Verdun a été très meurtrière [...] Il avait disparu avec des milliers d’autres. Chose curieuse sur le monument aux morts, il y a la liste des morts et, au-dessous, celle des disparus sur laquelle on peut lire son nom. Mais, mon père n’est pas compté dans les morts. J’en ai toujours été étonnée…[...] 

Pendant la guerre, les économies ont fondu, il fallait bien vivre. Il n’y avait aucune allocation d’aucune sorte. On devait se débrouiller et la famille y aidait beaucoup. Tous étaient très solidaires. Les oncles et tantes de Lyon étaient très gentils pour Maman. Ma sœur et moi étions souvent habillées avec les affaires de deux cousines lointaines un peu plus âgées que nous. J’ai souvent eu les habits des autres, mais ça m’était égal, c’était comme ça !

Après la guerre, ma mère a fait comme toutes les veuves de guerre. Elle et ses amies s’étaient toutes mariées à peu près à la même époque. Elles avaient eu leurs enfants en même temps et les pères étaient partis à la guerre. Ils avaient trente ans et commençaient leur vie ; ils n’avaient pas laissé d’économies derrière eux. Les femmes, elles, n’avaient pas été habituées à travailler ; les filles de la bourgeoisie étaient élevées pour se marier et avoir des enfants. Toutes ces femmes ont essayé d’avoir des petits métiers qui rapportaient un peu d’argent, car il fallait bien vivre. La vie n’était pas facile. [...] Beaucoup de nos amis étaient orphelins. Nous habitions la campagne, il n’y avait rien. Néanmoins, j’ai un souvenir très heureux de mon enfance. [...]  

***

Nous avons donc vécu jusqu’en 1920 chez mes grands-parents avec une de mes tantes (dont le mari était aussi à la guerre) et sa fille.[...] 

La maison était parfaitement inconfortable, ce qui n’avait rien d’extraordinaire à l’époque. Il n’y avait pas d’eau courante : l’eau était dans la cour et il fallait la pomper. Il n’y avait pas de baignoire mais des tubs. Nous disposions de tables de toilettes avec une cuvette et un broc d’eau. D’une manière générale, à cette époque, on se lavait peu. Les toilettes étaient dans la maison, ce qui était bien le seul confort !

Pas question de téléphone, ça n’existait pas. Les campagnes n’étaient pas électrifiées à l’époque, il n’y avait donc pas d’électricité dans la maison. Nous avions des lampes à pétrole que nous transportions souvent d’une pièce à l’autre et le soir, chacun prenait sa lampe Pigeon pour monter dans sa chambre. Il y avait un gros poêle dans le vestibule qui était censé chauffer toute la maison et qui ne chauffait en réalité qu’autour du poêle ; partout ailleurs, nous avions froid…

La maison était régie par une grand-mère adorable qu’on appelait Bonne-maman. Il y avait une bonne, bien qu’il y ait eu peu d’argent. [...] 

Une pièce nous était réservée ; on l’appelait le petit salon. Nous y jouions les jours de pluie. Il y avait là un vieux canapé que notre imagination avait transformé en bateau : nous partions en voyage en nous racontant des histoires, sans avoir jamais vu la mer.

Le soir, la nuit arrivait doucement et nous plongeait dans la pénombre. Nous adorions ce moment où, petit à petit, tout disparaissait dans l’ombre, car on n’allumait les lampes (qui éclairaient fort peu) que lorsque la nuit était vraiment là. Devant la cheminée de notre petit salon, nous nous regroupions tous les quatre autour de la vieille Marie-Louise qui nous racontait des histoires. C’était magique, envoûtant ! Une douce somnolence nous gagnait. Quel bonheur !

Il y avait aussi les malles du grenier. Elles contenaient les robes de bal d’autrefois de ma grand-mère et de mes tantes, robes d’avant-guerre faites dans des tissus merveilleux. Nous nous habillions avec et nous imaginions des visites de « dames » en imitant les grandes personnes !

Nos jeux d’enfants étaient pleins d’imagination. Une grande terrasse à colonnades bordait la maison. Sur celle-ci, nous avions disposé des assiettes en terre. Nous allions chercher des têtards dans une petite mare à côté et nous les mettions dans la première assiette. Quand ils prenaient leurs membres arrière, nous les passions dans une deuxième assiette. Quand ils prenaient leurs membres avant, nous les transférions dans la troisième assiette et, dans la quatrième, c’était des grenouilles. Nous étions ravis ! Mais, très vite, hélas, elles partaient.

Nous étions tout le temps dehors, été comme hiver, et pas plus habillés l’hiver que l’été. Même par temps de neige, nous avions les jambes nues et les avant-bras également. Nous portions des chaussettes et des jupons tricotés en grosse laine. Nous n’avions pas froid. D’ailleurs, j’ai été élevée dans le froid et je n’ai jamais froid. Nous n’étions pas malades parce qu’il n’y avait pas de médecin. Quand nous toussions, on nous mettait des cataplasmes.

Élevés à la dure, nous avions tous une santé solide. Parfois, nous tombions et nous écorchions les genoux ou les bras. Nous pleurions un peu et partions à la recherche d'une grande personne qui disait (sans avoir regardé) : « Ce n’est rien. Viens !» Elle soufflait un peu sur la blessure et on n’avait plus mal. Du moins, en était-on persuadés ! Pas question de soins. Et maintenant, pour la même chose : pleurs, cajoleries, pansements et même cadeau de consolation. Ah ! La vie a bien changé ! On apprenait le courage et la résistance sans savoir qu’il faudrait les utiliser vingt ans plus tard. Le maître mot était « Il faut réagir ». [...] 

Malgré la guerre, la nourriture était bonne. Nous allions acheter ce que les paysans voisins produisaient. Les vendanges m’impressionnaient ; les hommes montaient dans un tombereau et foulaient le raisin pieds nus… Naturellement, ma sœur Monique demandait s’ils s’étaient lavés les pieds avant… La maison était à un kilomètre du village. Nous n’avions pas de contact avec le village si ce n’est pour la messe du dimanche ou quand on nous envoyait acheter le pain. C’était de grosses couronnes avec une croûte épaisse si bonne ! Chez le boulanger, nous prenions nos couronnes et, pendant que nous descendions le chemin jusqu’à la maison, nous en mangions tout le tour croustillant ! Quand nous arrivions, nous étions bien ennuyés car nous pensions que nous allions nous faire gronder. Heureusement, il y avait une fenêtre de la cuisine qui donnait sur la route. Alors, nous tapions à la fenêtre. La cuisinière (qui était aussi femme de chambre et faisait tout dans la maison) ouvrait et prenait les couronnes en disant : « Allez, je vais arranger ça » et elle faisait en sorte que ça ne se voit pas trop. Tous les jours, ça recommençait. Je me souviens, c’était bon ! [...] 

Dans la vie quotidienne, nous ne nous rendions pas compte que c’était la guerre ; nous étions trop petits et probablement également, nous étions préservés. Néanmoins, je me souviens très bien de l’armistice de 1918 : les cloches sonnaient et nous sommes sortis sur la route qui longeait la maison. Les gens étaient tous dehors, très heureux. Sauf ma mère bien sûr... Elle savait que notre père ne reviendrait pas. Depuis 1916, elle n’avait pas de nouvelles… [...] 

Au moment de l’armistice, on a dû nous expliquer que notre père ne reviendrait pas. J’avais un an quand il est parti : pour moi, cet homme était un inconnu. Ma sœur avait deux ans et ne s’en souvenait pas non plus. Il était parti et faisait la guerre. Qu’il revienne ou pas ne changeait pas grand-chose pour nous : on n’a pas de sentiments pour quelqu’un qu’on ne connaît pas, même si c’est votre père. [...] 

Voisins

Dans nos quartiers résidentiels de banlieue, les maisons se succèdent souvent collées les unes aux autres. Cette promiscuité n'est pas sans conséquences car il faut savoir partager son bout de trottoir avec les voisins (notamment pour garer les voitures), et rester courtois avec ceux qui ne le sont pas. Fort heureusement, il y a aussi de bons moments passés avec ceux que nous apprécions.

Les voisins ? Vaste sujet ! 

- il y a ceux de droite avec lesquels nous sommes devenus amis parce que nos filles ont fréquenté la même classe, parce que nous pratiquons des échanges ("t'as pas un oeuf ? il te reste un peu de farine ? tu aurais pas un médicament pour les allergies ? tu me prêtes ton échelle...."), mais aussi parce que nous aimons partager ensemble un bon petit apéro ! Nous sommes conscients de la chance que nous avons de nous être trouvés et d'avoir sympathisé (il parait qu'avec les anciens proprios, c'était pas la joie...). Bref, ils sont vraiment sympas ! (j'en rajoute un peu au cas où ils liraient ces lignes...).

- il y a les gentils petits vieux à gauche, que nous saluions quand ils prennaient le soleil dès les premiers rayons du printemps, qui se reposaient, heureux et paisibles, dans leur jardin fleuri en été, mais qui se fanaient un peu plus chaque automne. Et puis, il y a eu un printemps où il n'y en avait plus qu'un et le suivant où il n'y en avait plus aucun... Les printemps passent à présent sur le jardin sans plus personne pour en profiter.

- il y a les voisins d'en face (les numéros impairs) : la petite mamie qui ouvre ses volets en même temps que nous le matin. Elle ne sort plus guère et les infirmières la visitent deux fois par jour. Elle a une femme de ménage, un jardinier et un fils qui vient souvent pour le déjeuner ou en famille le week-end. A sa droite, il y a la maison de  "super papy", super dynamique mais super bavard, à qui il ne faut pas se risquer à adresser la parole le matin quand on est pressé ! Il y a les voisins plus discrets qui saluent du bout des lèvres et vivent en totale autarcie, ou encore le bricoleur avec qui on échange outils et "trucs et astuces" et occasionnellement un peu d'huile de coude.

 Au final, on connait plutôt bien les deux ou trois maisons de chaque côté et en face de chez nous, mais ça ne va guère plus loin. Et quand je parle de mes voisins à d'autres connaissances du bout de la rue, ils ne les connaissent pas : c'est long une rue ! 

 Et puis, il y a la maison de derrière, celle des voisins dont vous ne connaissez pas le nom et que vous ne croisez jamais puisqu'ils n'habitent pas la même rue, mais avec lesquels vous partagez un mur mitoyen : le "voisin du fond du jardin".

Ce voisin-là, nous connaissons sa vie : les déjeuners dominicaux en famille, les barbecues entre amis, les fêtes d'anniversaires de leurs jeunes souvent en juin après les examens, les volets qui indiquent les heures de lever et coucher ou les départs en vacances, la couleur des draps qui sèchent en été, l'abri de jardin refait à neuf, la camionnette des pompiers qui vient chercher le père qui s'est coupé le bras en bricolant, la jeune fille sans nom qui fume sa cigarette le matin et que l'on aperçoit en ouvrant nos volets...

Somme toute, nous connaissons leur rythme de vie, leurs habitudes, sans jamais (ou presque) leur avoir adressé la parole. Quant à eux, ils ont vu monter nos murs, connaissent aussi nos habitudes, les volets du dernier que l'on ferme à l'heure où eux passent à table, les ballons qui arrivent chez eux, les bruits de bricolage ou les mélodies du piano. Ils étaient et sont aux premières loges ! Tant et si bien que nous avons l'impression de les connaître. 

Cette semaine, un faire-part sur la porte de la boulangerie annonçait le décès d'une jeune fille... "Pauvres parents !" pensai-je, sans y prêter plus attention : je ne connais personne de ce nom ! C'est toujours triste de voir des parents annoncer le décès de leur enfant. On ne peut rester insensible.

Et c'est au détour d'une conversation avec un autre voisin que nous avons réalisé que nous ne verrions plus la jeune fille qui fumait sa cigarette le matin quand nous ouvrions nos volets. Adieu Léa ! Il aura fallu que tu meures pour que nous sachions ton prénom ! "Mais pourtant, je l'ai vue il y a quelques jours fumant sa clope matinale ?!!"...

Quelques heures, quelques jours... Les jours défilent dans nos banlieues et des drames se jouent à quelques mètres de nous.  

Cauchemars

La nuit égrenait ses minutes reposantes

Enrobant la maison de son ombre inquiétante

Tandis que la perfide lumière du réverbère

Jouait à animer des jeux, devenus monstrueux.

 

Quand une plainte craintive retentit dans la nuit :

Maman chérie, maman chérie !

 

A l’étage, le petit homme s'est réveillé

Ses yeux grands ouverts, comme exorbités

Et son visage défait par la peur,

Cherchent le réconfort de bras protecteurs.

 

Un vilain cauchemar l’a épouvanté

Parce que la lumière n’était pas allumée.

Sois sans crainte petit Amour,

Un câlin va chasser ce rêve trop lourd.

 

La nuit n’est pas une ennemie terrifiante,

Elle enrobe les objets de son ombre imposante

Pour bercer les enfants comme une amie

et donner du repos au corps et à l’esprit.

 

Va tranquille au pays des rêves, petit homme

Un bisou, un câlin et reprends ton somme.

 

La nuit égrène à nouveau ses minutes reposantes

Enrobant la maison d’une ombre changeante

Tandis que la douce lumière du réverbère

Guide les dormeurs vers d’autres rêves éphémères.

 

Quand une plainte craintive retentit dans la nuit :

Maman chérie, maman chérie !

 

A l’étage, pour la troisième fois, petit homme a appelé

L’horloge explique la lourdeur des paupières de sa mère

En la narguant de chiffres unitaires

Elle se lève, ensommeillée, et monte à son chevet.

 

Il n’a plus envie de dormir, assure-t-il avec aplomb

C’est pourtant bien l’heure d’avoir un sommeil de plomb !

Il entoure sa mère de ses bras fluets, lui raconte sa vie,

Et c’est elle qui est bien vite endormie.

Transports

Il n'y a rien de moins commun que les transports du même nom et le sujet n'est pas plus ennuyeux que de parler d'un chantier. Voyez-vous, lassée de la poussière, des parpaings et autres BA13, j'ai repris un travail depuis peu. Métro, boulot, dodo ? Pas encore ! Quand on commence une nouvelle aventure, nos sens sont en éveil à toutes les nouveautés qui s'offrent à nous. Ce n'est plus le cas pour vous ? Respirez un bon coup ! Et en voiture !

Me voici donc le matin filant prendre mon train. Le voilà qui arrive au loin, serpentant comme un ver de terre. Il ralentit, s'arrête devant les petits troupeaux de voyageurs hagards, programmés pour monter et descendre, mais qui ont tout de même repéré au centimètre près l'emplacement de la porte qui les intéresse. Pas une minute à perdre, la fermeture des portes menace déjà alors que les voyageurs ne sont pas encore tous montés ! Ouf, j'y suis. Quel bonheur ! Il faut jouer du livre à livre ou du journal-journal pour se frayer un espace acceptable. Enfin le temps de lire ! (c'est quand même le principal intérêt des transports en commun franciliens). Le wagon est curieusement silencieux malgré le nombre important de personnes. C'est presque bizarre un tel calme ! Les visages sont fermés, insensibles et absents.

Les voyageurs sont répartis en deux classes sociales : ceux de la première heure, les vernis qui sont assis, et puis le troupeau (dont je suis), balloté au gré des irrégularités du trajet. Certains lisent un livre ou un journal, d'autres paraissent endormis. Pourquoi ces voyageurs ont-ils tous la tête baissée en ce début de journée, comme s'ils faisaient pénitence ? Un jeune se fait bercer par un fond musical, qui profite d'ailleurs à tous ses voisins. Je rigole en voyant la taille ridiculeusement petite de son Ipod et en repensant au baladeur à cassette que j'utilisais étudiante... Un homme debout pose la main sur l'épaule de sa femme assise, qui la lui saisit et la caresse. Comme c'est agréable un peu de tendresse dans ce monde en détresse ! Les vitres s'embuent au fur et à mesure des minutes qui s'échappent. Les maisons défilent. Les ouvriers sont à l'oeuvre dans les chantiers, les enfants courent dans les cours d'école. Un volet se remonte et laisse apparaître une petite mamie en robe de chambre rose et bigoudis. "Bonjour, Madame ! Le ciel est bleu, c'est une belle journée de printemps. Profitez-en."

Nous nous engouffrons dans un tunnel noir comme un four. Les livres se rangent, les journaux se plient, les têtes se relèvent et prennent un air sévère mais toujours aussi absent. Tout le monde est sur le qui-vive. "La Défense" ! Les portes s'ouvrent et, toutes griffes dehors, la foule se rue comme un seul homme, vers les escaliers. Un inconscient défie le courant de cette marée humaine, dans l'espoir fou de monter l'escalier et d'attraper le train qui, narquois et indifférent, annonce déjà son prochain départ.

Le courant me porte, presque sans toucher terre. Pas le choix, marche ou... marche. Deux couloirs se croisent, créant un premier ralentissement. Puis un deuxième se forme devant la barrière de péage ; on se croirait à Saint Arnoult un dimanche de grand retour ! Plus lucide que mes collègues défenseurs, je me faufile vers la file de droite qui est, comme toujours, plus rapide et, avec mon passe liberT, je franchis sans encombre cet obstacle. "Cliquetis, cliquetas, passe par-là" semblent chanter en choeur les tourniquets. Je me retrouve dans le hall de la Défense, qui porte bien son nom. Il faut se battre pour avancer dans le sens choisi : les gens pressés se croisent et s'entrecroisent sans se rencontrer, se doublent et se bousculent pour aller s'engouffrer dans une autre rame, vers un autre tunnel. On ne reste pas à la Défense, on y correspond mais pas humainement. Quelques courageux essayent de croiser cette bande humaine pour entrer dans un magasin, parfois en vain.

Absorbée par la masse noire de la foule dont seuls les pas martèlent le silence, je me dirige irrémédiablement vers la bouche affichant victorieusement les numéros des lignes de bus tels les numéros gagnants du loto. Là, deux grandes langues avalent ses victimes, consciencieusement, les unes après les autres, vers une journée plus ou moins glorieuse. En haut de l'escalator, une tour surplombe l'entrée du gouffre et un bout de ciel apparait comme pour rappeler que nous vivons bien sur la planète bleue. Pas le temps d'en profiter, virage à droite, direction l'aérogare... des bus. C'est un long couloir fait de briques et d'acier avec des spots alignés au plafond rappelant une piste d'atterrissage. D'ailleurs, on a vraiment l'impression d'être dans un hall d'aéroport (en moins propre). Des deux côtés se trouvent, tous les 20 mètres, les portes d'accès aux bus avec le numéro du vol. Des écrans indiquent le prochain départ et les usagers se pressent dans ce long couloir.

Comme un mouton de panurge, je m'entasse dans la masse bigarrée du 258 en partance pour Nanterre. Toujours ce même silence matinal. Une petite femme arrive et tombe dans les bras d'une de ses collègues. La conversation va bon train : "ça va ?" dit la première à la tête de Julie Andrews dans "La mélodie du bonheur" et au sourire béat. "Et le boulot, ça va ?" Non, décidément, la pauvre petite femme ne va pas, entre un chef évidemment acariâtre et exigeant et une mauvaise nuit à cause de maux de dos qu'elle a souvent, mais c'est pas grave, ça va passer et, non, elle n'a pas vu de docteur... "Et sinon, ça va ?"...  Sauvée par l'arrivée du bus, Julie Andrews coupe court au monologue de sa petite collègue collante pour se concentrer sur son ticket à valider et sur sa place dans la file (si on peut utiliser ce nom pour l'amas de personnes qui se poussent pour obtenir chèrement sa place dans l'embarquement en cours). "On tasse ! On tasse encore un peu au fond, s'il vous plait !" C'est qu'on en met du monde dans un bus !

Nous démarrons. Toujours le silence mais à y bien écouter, on peut entendre le tintamarre assourdissant des pensées des uns et des autres : la fièvre du petit, les prochaines vacances à prévoir, le rapport à finir pour avant-hier, la grand-mère souffrante, la météo du jour, le rendez-vous avec l'instituteur, le frigo vide, le bac du grand à réviser, la voiture en panne, le loyer à payer, les impôts à provisionner, le déménagement à organiser, la rupture à annoncer, la bonne soirée d'hier et la nuit torride qui a suivie, etc. Et ce bus qui se traîne... A mes pieds, un autocollant fixé sur le sol propose les services à domicile d'un ostéopathe... Où est-elle la petite dame souffrante ?

Montées et descentes s'entrecroisent en râlant. Et le bus, toujours aussi lourd, repart péniblement. Un voyant rouge s'allume, tandis que le haut-parleur me sort de mes conjectures sur la nature humaine : "fini dodo, fini métro ! Au boulot !" J'y suis enfin, après une heure ! La journée peut commencer sans heurts.

Bonne fête Papa !

Déjà, il y a deux semaines, j'avais senti une certaine ironie à l'occasion de la fête des mères, aujourd'hui confirmée par la fête des pères : ça va être TA fête...

Qu'est-ce donc que cette fête qui, après une soirée bien arrosée chez des amis et un retour tardif voire matinal, vous oblige à quitter la quiétude onirique d'un sommeil réparateur ? 

Vous voulez la vérité sur la fête des mères et des pères ?

Il y a deux semaines, une petite voix douce, que j'imaginai d'abord être dans mon rêve, me susurra à l'oreille un "bonne fête maman", timide et chantant. Le sommeil dans lequel j'étais plongée demeurant de plomb, la voix se fit plus forte et insistante : "bonne fête maman !", puis plus oppressante : 'boooooooonnnne fffêêêêttttte, mammmaaaaannnnn !!!!". Hélas ! ce n'était donc pas un rêve.... Mes paupières ankylosées, laissèrent difficilement mes pupilles errer du côté du réveil, qui affichait crânement 7h45 !

Une petite bouille mielleuse se colla alors à mon visage, et nez contre nez, m'annonça fièrement et solennellement "c'est ta fête, maman !". C'était bien la première fois que je ressentais à quel point ce jour-là allait être MA fête ! Pendant ce temps, le papa dormait tranquillement à côté de moi, trop content que ce jour-là, ce ne soit pas SA fête à lui !

J'esquissai un "bonjour, mon chéri", à peine articulé, qui le ravit et lui donna le feu vert de la suite des réjouissances. "J'ai un cadeau pour toi. Ouvre-le". Timidement, je me proposais de m'exécuter d'ici.... 5 minutes, le temps de me réveiller (ou pour être plus honnête de me rendormir). Rien à faire : fait-on attendre quelqu'un qui vous offre un cadeau ? J'arrachai donc mes bras à la chaleur moelleuse de la couette pour saisir ce présent, objet de tant d'attentions, et fruit de tant d'heures de travail à l'école. Le visage poupin et béat de mon fils, toujours collé au mien, scrutait avec attention la moindre de mes réactions (pourtant si peu nombreuses ce matin-là !).

Je le laissai m'aider et découvrir une carte avec une fleur découpée et collée par ses soins, comportant un poème qu'il me déclama avec conviction et exactitude : "tu es la plus belle, la plus gentille, la plus tout.... et mon petit coeur est pour toi"... Poème très mignon évidemment et qui fait fondre un coeur de maman, mais quand même, une heure plus tard, j'aurais été mieux à même de l'apprécier ! Quant au petit cadeau joint à la carte (un porte-clef), mon fils me fit remarquer avec un air malin, qu'il portait son prénom et qu'il était donc... pour lui !

Je le remerciai pour tous ses magnifiques présents et retournai sous les draps, dans l'espoir de me rendormir rapidement. Mais, la petite voix d'ange me lança un "j'ai faim" qui signifiait : "maintenant que je t'ai fait un cadeau et que je t'ai dit que tu étais la plus merveilleuse des mamans, il faudrait quand même que tu t'occupes un peu de moi !" Elle est loin l'image d'Epinal où la maman se prélasse toute la matinée, avec le petit déjeuner servi au lit !

 BONNE FÊTE, MAMAN !!!

Et aujourd'hui, c'est la fête des pères. Aujourd'hui, j'ai pu dormir ! C'est SA fête à LUI ! Réveil à 8 heures (il a de la chance, il a gagné un quart d'heure !), petits mots d'amour et petit cadeau, petit déjeuner à préparer rapidement, etc.

Qui donc a inventé une telle tradition ???                                                                        

C'est en 1806 que Napoléon aurait évoqué la création d'une fête des mères officielle au printemps. Mais, ce n'est que le 9 mai 1920 que le ministre de l'Intérieur de l'époque proclama la première Journée Nationale des Mères de familles nombreuses. Le Gouvernement prit alors la décision de célébrer chaque année la "Journée des mères". La première cérémonie eut lieu le 20 avril 1926. Le 25 mai 1941, le Maréchal Pétain institue définitivement la « Journée nationale des Mères ».

Le 19 juin 1910 aux États-Unis (à Spokane) a eu lieu la première "Fête des Pères". L'idée est venue d'une femme élevée par son père et qui souhaitait ainsi lui rendre hommage. En France, la fête des pères n'a jamais été "décrétée".

Et depuis, de colliers de nouilles en jolis poèmes, chaque année nous avons droit d'être réveillé(e)s, dès potron-minet, par nos chères têtes blondes qui nous déclament d'un air angélique leur petit mot d'amour.

J'en viens à me demander si ceux qui ont inventé cette fête, n'avaient pas des comptes à régler avec leurs parents !