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Bouée de sauvetage

Il y a une semaine, un message sur mon téléphone. « Madame bonjour, disait une voix hésitante, mais pas chevrotante. Je vous appelle de la part de l’assistante sociale, qui étant donné ma situation relativement catastrophique, pense qu’il n’y a que vous, avec votre expertise, qui pourrez me sortir de cette galère. C’est vraiment un SOS, je suis complètement noyé. »

La voix semble s’étrangler et continue : « Je deviens aveugle et je suis noyé dans tous ces dossiers administratifs. Donc un écrivain public, expert dans ce domaine, ça pourrait vraiment m’aider. Voulez-vous me rappeler s’il vous plaît ? Je serai vraiment ravi si vous pouviez travailler pour moi. Je le vis comme un sauvetage. Je suis en train de me noyer, vous êtes comme une bouée de sauvetage pour moi. Merci beaucoup madame, merci. »

J’ai rarement des messages aussi désespérés et imagés. Je le rappelle rapidement et nous discutons un bon moment. Il m’expose deux ou trois de ses difficultés et je le rassure sur mes capacités à pouvoir l’aider, il a été bien conseillé ! Nous convenons d’un rendez-vous pour le mercredi suivant. Il se confond en remerciements, ajoutant que j’allais lui sauver la vie et me dit au revoir d’un ton plus souriant, comme soulagé. Je raccroche satisfaite de lui avoir fait du bien, et touchée par cet homme à la voix posée qui m’affuble d’un étrange rôle de super-héros. Quel singulier métier j’exerce que de pouvoir ainsi donner aux autres l’impression de les sauver !

Mercredi, 17 heures, appartement 247, munie de ma panoplie de super-héroïne, je sonne. Rien. Je sonne encore (il voit mal, il faut lui laisser du temps). Aucun mouvement perceptible de l’autre côté de la porte. J’écoute le silence qui ne dit rien de bon. Je suis très étonnée de m’être fait poser un lapin alors que l'homme avait l’air si rasséréné à l’idée de me rencontrer. Je retrouve le message de la voix désespérée et appelle son numéro. Les sonneries rythmées se succèdent laissant seul le vide me répondre. Je laisse un message. Après quelques minutes à attendre un hypothétique retard, je m’apprête à redescendre quand je croise une voisine. « Michel ? oh, le pauvre, vous n’avez pas été prévenue ? Il est mort dimanche ! ».

Un ange passe… Paix à son âme.

Même pas eu le temps de le sauver.