Ecrits en vrac

Ecrits personnels, écrits partagés...

Le temps suspendu

mardi 13 mars

Plus de jour depuis plusieurs jours, plus d’heures dans la journée, plus de verbes conjugués, le temps comme suspendu depuis son départ vers d’autres cieux.

Des temps partagés si étranges et forts,

L’émotion douloureuse de la nouvelle qui clôt une page de notre vie, le silence de la chambre d’hôpital et les visages de circonstances du personnel attentionné

Les yeux rougis des uns le matin, la nausée des autres, mais la douceur du cocon familial. L’action pour réconfort, ces moments très forts d’amour fraternel, ces préparatifs multiples qui font oublier la douleur du sujet qui nous rassemble.

L’image de son visage de gisant dormant, beau et détendu, avec son éternel nœud-papillon, une esquisse de sourire, et ses belles longues mains croisées sur le chapelet.

Les hommes gris sans sourire qui s’activent silencieusement en un ballet bien réglé, l’adieu au visage.

Les émotions qui se bousculent sur le parvis de l’église, les amis, les cousins chéris, la famille, les inconnus qui le connaissaient, moments forts de partages avec chacun, témoignages magnifiques sur l’homme qu’il était.

La cérémonie autour de lui, les prières réconfortantes, les mots gentils, les larmes de ses petites-filles, les dessins des petits posés sur le cercueil qui descend solennellement, les fleurs pour le garder avec nous encore quelques jours, les fleurs pour nous rappeler que c’était son heure.

Les souvenirs que l’on tricote ensemble autour de la table, la nausée qui s’estompe, les larmes qui s’assèchent petit à petit,

Tout cet amour pendant quelques jours, tout cet amour et la présence réconfortante de ceux qu’on aime, Merci à vous tous ! Pour votre amour infini chère famille, sorte de châle de douceur sur nos épaules. Pour vos encouragements et votre belle amitié chers amis, ribambelle fleurie qui égaye la vie, Pour la musique de vos mots chaleureux qui nous a portés tel un chant de louange mélodieux. Pour vos nombreuses prières comme autant de lumignons illuminant nos vies dans ces jours gris. Merci !

Aujourd’hui débute la solitude de sa veuve et cette sensation douloureuse de ne plus exister, le vrai départ, celui de l’absence qui commence, l’avenir à réinventer sans lui, mais nos pensées et nos bras toujours là pour t’entourer petite maman. 

Aujourd’hui la vie nous reprend, le temps atterrit vers un mardi.

Premier départ

Mardi 6 mars

Il a quitté sa maison qu’il avait mis tant d’années et d’amour à rénover, 

Il a quitté ses meubles qu’avec son épouse il avait eu plaisir à chiner,

Il a quitté ses objets aimés et toutes ces images qui ont illustré sa vie

Il a quitté cette campagne à perte de vue qu’avec sa femme il avait choisie

Il a quitté ses éoliennes contre lesquelles  il s’était tant battu

Il a quitté son indépendance précieuse pour un séjour palliatif avant des cieux inconnus.

A vendredi ?

Ce moment émouvant où je t’embrasse sans savoir si je te reverrai la semaine prochaine, 
C’est long une semaine quand on ne sait plus combien de jours ou de semaines on va pouvoir encore compter,
C’est court une heure quand on a encore tant à se dire,
Chambouler présent et avenir, vivre l’incertitude mais la certitude d’être là où l’on doit,
Profiter encore un jour, une heure, un instant, 
Le sentiment d’inachevé, l’urgence de prendre encore un peu de cette tendresse irremplaçable, une caresse sur la main, un regard, un baiser, un mot, « au revoir ma chérie », 
Plus de phrases, plus d’emphase, l’écoute, l’essentiel, l’important, les souhaits,
La maladie qui arrête prématurément les vies, la dépendance et sa valse du médical qui casse le charme des partages, rythme les journées comme seul repère, baromètre du moral de tous, 
La dépendance de l’indépendant, l’impensable, la stupeur, l’inconnu, 
La grâce de ces moments où l’on est juste bien ensemble, moments réinventés de partage en famille autour d’un lit, bonheur volé surprenant où s’efface l’idée de cette minute terrible où une page de notre histoire familiale se tournera, 
Les émotions qui vont et viennent, comme le soleil qui succède à la pluie dansant derrière ta fenêtre, les mouchoirs, le sel au bord des lunettes, les bras comme autant de mètres d’amour pour s’entourer les uns, les autres,
Les paupières lourdes qui se ferment doucement en pleine discussion, le silence respectueux qui s’installe, l’observation du souffle, l’inquiétude du sommeil, l’incohérence du réveil,
L’insouciance heureuse des enfants qui rigolent et courent et nous remettent dans la vie, la dent qui bouge de l’un, le sourire édenté et chocolaté de l’autre, le soutien affectif des plus grands,
La musique pour apaiser l’esprit, la prière pour apaiser l’âme et réchauffer le cœur,
Le froid de la nuit qui interroge sur les priorités qu’on se donne, sur la réalité de nos vies trépidantes pour quelle place pour ceux que l’on Aime, 
Le temps déjà passé, le temps dépassé, le temps qui ne peut s’acheter, le temps qui nous trahit tous, 
A vendredi Papa, s’il plait à Dieu de te laisser encore jusque-là.

Lettre à Madame Rossignol, ministre en charge des Personnes âgées

 

MINISTERE DES AFFAIRES SOCIALES ET DE LA SANTE

Madame Laurence Rossignol,

Secrétaire d’État chargée des Personnes âgées

14 avenue Duquesne

75007 PARIS

 

Jouy-en-Josas, le 10 mars 2015

 

 

 

Objet : Le tout-internet, facteur de perte d’autonomie et d’exclusion de nos aînés

 

 

Madame la Ministre,

Écrivain public, j’assiste de nombreuses personnes âgées (63 à 97 ans) dans leurs démarches administratives du quotidien en coordination avec les services sociaux (CCAS et la COGITEY, coordination gérontologique de Versailles Grand-Parc). Depuis plusieurs mois, je constate une montée en puissance du tout-internet et tiens à vous interpeller sur la perte d’autonomie et la discrimination que cela engendre pour les plus âgés de nos retraités, leur laissant le fort sentiment d’être peu à peu exclus de la société.

Dématérialisation galopante

Factures de téléphonie en ligne, relevés de banque ou déclaration d’impôts sur internet, compte pôle emploi, téléchargement de formulaires, recherche d’informations sur la toile, etc., cela ne choque plus personne de nos jours d’utiliser au quotidien l’informatique. Tout le monde semble être gagnant : moins de papiers à classer chez soi, moins de frais d’impression et d’envoi pour les entreprises et organismes divers. Formidable, non ? Pour tous ? Non.

Il y a quelques jours, j’ai découvert chez plusieurs clients que l’attestation fiscale annuelle envoyée par les caisses de retraite ne le serait plus ! (cf. pj 1) Au début, j’ai cru qu’il s’agissait de la décision d’une ou deux caisses de retraite alors que c’est en réalité une action concertée des caisses AGIRC et ARRCO (cf.pj2). Cette attestation fiscale est d’une grande utilité et l’arrêt de son envoi systématique annuellement aura des conséquences : la complexification des démarches de nos aînés dans les périodes les plus délicates/difficiles de nos vies. Outre la vérification de sa déclaration d’impôts, ces attestations sont demandées systématiquement dans un certain nombre de démarches, comme pour une entrée en maison de retraite (cf.pj3), l’ouverture de droits sociaux, etc. C’est également un document très utile lors du décès d’un conjoint, pour pouvoir prévenir les caisses de retraite et demander une pension de réversion le cas échéant.

Les retraités ont été mis devant le fait accompli et n’ont aucun choix. Comment peut-on imposer à des personnes qui n’ont pas d’ordinateur et n’en auront jamais, d’effectuer leurs démarches sur internet ? N’est-on pas face à de la ségrégation générationnelle ?

C’est en tout cas la réaction qu’ont eue les personnes que j’aide quand je leur ai expliqué de quoi il s’agissait : « comment vais-je faire ? » ou encore : « on veut vraiment nous exclure de la société, nous les vieux ! On fait des économies sur notre dos encore une fois ! »,  « Pourquoi cette robotisation à tout prix ? Il n’y a plus d’humanité dans cette société ! ». (cf. pj 4).  Une nette sensation d’être mis à l’écart.

Et cette dématérialisation n’est pas un cas isolé. Sans le dire clairement, certaines entreprises dématérialisent leurs factures (notamment en téléphonie) et les personnes âgées en font souvent les frais à leur insu. En voulant vérifier les montants, on se rend compte qu’il n’y a pas de facture papier. Et une copie « papier » de facture peut coûter cher (ex : 15 € chez GDF), tarif suffisamment dissuasif pour une petite bourse de retraité. Ces factures dématérialisées ne sont jamais lues et il n’y a plus aucune surveillance ni connaissance des montants facturés. C’est ainsi qu’on peut avoir des factures de téléphonie aux montants importants en raison d’un forfait illimité de téléphone portable jamais renégocié.

Un autre exemple : Il y a une semaine, chez une dame de 69 ans, nous avons découvert qu’elle payait depuis 7 ans un abonnement Numéricable qu’elle n’a jamais utilisé et ne se souvenait pas avoir souscrit. Les factures étaient dématérialisées, aucun courrier papier jusqu’à cette proposition téléphonique de l’entreprise il y a dix jours d’un changement de décodeur TV pour une box plus performante. Ou encore cette veuve de 85 ans avec son abonnement Free souscrit par ses enfants qui, quand elle a demandé la modification du compte bancaire pour ses prélèvements, s’est vue répondre « faites le vous-même en ligne »… (elle sait à peine faire fonctionner son ordinateur offert par ses enfants).

Les personnes âgées sont systématiquement perdantes. Et ce type d’exemples tend à se multiplier dans mon activité. Vous licenciez votre employé à domicile pour une entrée en maison de retraite ? Téléchargez le formulaire d’attestation sur le site Pôle Emploi ! « Comment font les autres sans vous ? » me disent mes clients.

Des conséquences insoupçonnées du tout-internet

Outre des factures et relevés non-vérifiés, qu’advient-il le jour où le conjoint qui gère tout décède ? C’est l’expérience amère qu’a vécu une dame de 78 ans qui a fait appel à moi il y a un an  au décès de son mari. En homme « moderne » (ancien ingénieur), il gérait tout sur internet depuis plusieurs années et avait jeté ces papiers qui lui semblaient dorénavant inutiles...

Hélas, sa veuve n’avait aucun code ou identifiant internet, aucun relevé de banque, aucune déclaration d’impôts ni facture, aucun courrier récent avec des coordonnées ou des références… Elle ignorait ce qu’il touchait comme retraites, de qui, quelles étaient les charges fixes du couple (opérateur de téléphonie par exemple),… Au deuil s’est ajoutée une angoisse terrible de ne pas pouvoir faire face administrativement et financièrement parlant, perte de sommeil et dépression.

Pour cette dame, nous avons réussi à retrouver toutes ces informations bien sûr mais avec un temps et une énergie décuplés par rapport à ce que je constate en général. Sans parler du coût évidemment !

L’accès à l’informatique pour les seniors

Internet est un outil fabuleux d’information, de partage, mais aujourd’hui, selon une étude du CREDOC (« Conditions de vie et Aspirations», 2013) seulement 39 % des plus de 70 ans possèdent un ordinateur. Je constate même plutôt un pourcentage de 20 % dans ma clientèle, et avoir un ordinateur ne signifie pas pour autant savoir l’utiliser comme j’ai pu souvent le constater. Ceux qui en ont un l’utilisent essentiellement pour envoyer et recevoir des mails de leur famille, et vont peu sur internet qui est souvent craint (peur des arnaques, usurpations d’identité, vols, etc.). Que ce soit 20 ou 39 %, on est loin de la moyenne ! Et que fait-on des autres ? Faut-il mettre toutes les personnes âgées qui n’ont pas d’ordinateur sous curatelle de la société ou de leurs enfants ? A l’heure où l’on parle d’autonomie de nos aînés, où est-elle dans ce cas ?

Pour la plupart des personnes âgées qui ont un ordinateur, « identifiant » est un jargon inconnu ou « ouvrir un compte » dépasse de loin leurs capacités informatiques. Je donne parfois des leçons d’informatique à une dame de plus de 80 ans qui vient d’avoir un ordinateur offert par sa fille et constate la difficulté de bouger la souris, de se souvenir d’une fois sur l’autre comment faire ne serait-ce que pour allumer et éteindre l’ordinateur. L’utilisation de l’ordinateur chez la majorité des plus de 80 ans reste très basique et difficile. Et je vous parle d’une population plutôt aisée, avec un bon niveau d’études. Les autres ne sont pas équipées et n’ont pas les moyens de l’être.

Il y a aussi le handicap lié au vieillissement qui est facteur de difficultés face à l’informatique, notamment la perte de la vue (DMLA). Une de mes clientes (77 ans) utilise un système pour nos voyants et suit des cours d’informatique auprès de l’association Valentin Haüy qui fait un travail admirable. Néanmoins, l’utilisation de l’informatique pour cette dame ne va pas plus loin que des échanges de mails avec ses enfants et amis, et c’est déjà pour elle compliqué.

Les Seniors « seniors » 

Cette dématérialisation imposée est pour nos seniors les plus âgés un facteur d’exclusion. Grâce à internet, ils n’auront bientôt plus de document récent et plus aucune connaissance de leurs droits : ils vont perdre en autonomie alors qu’ils cherchent à la conserver le plus longtemps possible.

La simplification pour les personnes âgées, ce n’est pas internet. Ce sont des courriers papiers avec des informations concises et claires qu’elles peuvent trier, montrer à quelqu’un si elles ont besoin de conseils, relire ou photocopier le cas échéant. Quant aux aidants, ils n’ont pas non plus toujours un ordinateur, pas toujours le temps pour ça (passer du temps qualitatif avec son parent n’est-il pas plus important que de régler leurs tracas administratifs ?).

 

Internet est un outil fabuleux, source d’économies pour les entreprises, mais il ne faut pas vouloir aller trop vite et enterrer sans concertation toute une génération qui ne vit pas selon les codes des personnes en activité et de la société « moderne ». Il est trop tôt pour passer au tout-internet pour tous. Il faut attendre encore 10 ou 15 ans pour arriver aux générations qui ont travaillé avec l’informatique et laisser la génération de nos anciens finir ses jours paisiblement sans lui imposer nos « petites boites qui savent tout » comme me disait une jeune senior de 101 ans. Internet doit rester un choix et ne pas être imposé ! C’est une question de respect de nos aînés Madame la Ministre.

Je vous remercie d’avoir eu la patience de lire ce courrier et vous demande d’avoir une action auprès des caisses de retraites, et d’une manière générale auprès de toutes les grandes entreprises, afin que nos seniors ainés puissent avoir le choix du support de leurs attestations fiscales et de leurs factures.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma haute considération.

 

 

Bérengère Turquet, écrivain public

 

 

 

4 pièces jointes

 

Copies :

Madame Axelle Lemaire, Secrétaire d’État chargée du numérique

Madame Valérie Pécresse, Députée des Yvelines

Madame Marie-Hélène Aubert, Conseillère générale des Yvelines, adjointe au Maire de Jouy-en-Josas en charge des solidarités

Méprise

Minuit, la cité est calme. Me voici enfin de retour à la maison, la journée a été longue !

Ce mercredi a commencé sur les chapeaux de roue, sous un beau soleil printanier ; c’est même grâce à lui que je me suis éveillé car, tout étourdi que je suis, j’avais oublié de mettre le réveil. A peine le temps d’avaler un café et de sauter dans mon pantalon que j’avais déjà fermé la porte à clef et dévalé quatre à quatre les escaliers.

Dans l’entrée, j’ai été stoppé net par André, mon voisin du second, la cinquantaine dynamique, un prof de collège comme on n’en fait plus.

Ce matin, il a l’air soucieux.

-     Salut Franck ! Tu sais quoi ? Madame Rodrigo, la voisine du premier, elle a été cambriolée hier soir. Une petite mamie, gentille comme tout, qui compte scrupuleusement ses sous pour boucler ses fins de mois ! Si c’est pas une honte, ça !

-     C’est pas vrai !!! et elle était chez elle quand ça s’est passé ?

-     Oui, mais heureusement pour elle, elle dormait ! Et elle est sourde comme un pot, la pauvre !

André semblait tout retourné, remonté contre la société, contre les politiques qui parlent beaucoup et ne font rien comme toujours ! Il est surtout en colère contre ces parents qui n’éduquent plus leurs enfants et comptent sur l’école pour le faire à leur place. André, il les connaît bien tous ces petits imbéciles qui jouent les caïds au lieu de venir user leur jogging sur les chaises bringuebalantes du collège !

S’attaquer à une petite mamie ! Où va une société qui ne respecte même pas ses vieux, c’est le début de la fin !

André est un homme sympathique mais terriblement bavard ! C’est mon voisin du dessous. Lors de mon emménagement, j’avais à peine tourné la clef dans la serrure qu’il était déjà là pour me proposer son aide. Il est comme ça, André : le cœur sur la main. C’est le genre d’homme qui sait tout sur tout et prend plaisir à régler les problèmes des autres, le tout avec une langue bien pendue… Il devrait faire de la politique !

Ce matin, il est bien remonté ! Tout y passe : l’inefficacité de la police, le désengagement de la mairie, le laisser-aller de toute une société… J’ouvre la bouche pour parler mais il ne m’en laisse pas le temps. Il m’explique qu’il faut trouver une solution à ces problèmes d’insécurité car le week-end dernier, les Brimont se sont fait voler les quatre roues de leur véhicule, et il y a une semaine, Fred, le voisin du dernier étage, a croisé un gars louche dans les caves…

Je l’interromps car l’heure passe et mon chef va s’impatienter ! André me dit qu’ils feraient bien de prendre exemple sur moi tous ces jeunes qui se laissent vivre et ne savent rien faire et qui….

Tandis qu’il continue sa démonstration, je m’éloigne petit à petit en lui faisant un signe de main pour lui montrer que je ne l’écoute plus.

Il me lance, avant que la porte ne se referme complètement sur moi : « Moi, en tout cas, s’il y en a un qui essaie de venir chez moi, il va se faire recevoir ! Je t’ai déjà dit que je chassais à l’occasion ? Figure-toi que mon beau-frère a une ferme dans le Berri et…. ».

La porte s’est fermée et je lui fais un signe d’excuse en lui désignant du doigt ma montre. Il me répond mais la porte retient ses mots.

Ouf, du silence ! Je me sens bien loin de tous ces problèmes. L’insécurité, les cambriolages, ce sont des angoisses de vieux. Chez moi, il n’y a pas grand-chose à prendre ; quelques CD, un vieux PC récupéré au boulot…

*

Ce soir cependant, en arrivant près de la porte, je repense à notre conversation du matin. Peut-être est-ce l’heure tardive qui me laisse cet étrange sentiment de malaise ou le film de suspens que je viens d’aller voir avec des amis ? A moins que je n’aie encore oublié ma tête quelque part, comme cette chaussette qui m’a fait défaut toute la journée… La porte de l’immeuble se referme lourdement sur moi dans un grincement glaçant. L’ascenseur est en panne et les escaliers toujours aussi mal éclairés !

Je devrais peut-être me méfier moi aussi ? Les voyous ne s’attaquent pas qu’aux vieux. Il a raison André, nous sommes tous concernés par ces histoires d’insécurité.

Le stress monte en moi. Moi qui n’ai jamais peur de rien, voilà que la fatigue aidant, j’ai les idées sombres. Une ombre passe… je suis suivi ? Je hâte le pas. J’ai le souffle court. Un bruit métallique me fige à mi-palier. Toujours ce même  pressentiment... Je fais volte-face d’un coup, poings serrés, prêt à défendre chèrement ma vie. Personne !... sinon ma propre ombre sur le mur.

Je respire un grand coup pour reprendre mes esprits. Encore quelques marches, vite mes clefs pour rentrer chez moi. Je fouille mes poches, une fois, deux fois. Rien, sauf un trou dans la doublure de ma veste. C’était donc ça le bruit métallique ! Quel idiot ! Je redescends quelques marches. Ouf, les voici ! Demi-tour, je reprends mon ascension. Assez d’angoisses pour ce soir ! Allez, encore un étage. Je ne sais plus où j’en suis avec tout ça !

Un coup d’œil à droite, à gauche : personne sur le palier. Je mets la clef dans la serrure et commence machinalement à pousser la porte de l’épaule. Mais la clef n’entre pas en entier. Je la ressors et l’introduis à nouveau d’un coup sec. Ca ne rentre pas. Que se passe-t-il ? Ma serrure a-t-elle été forcée dans la journée ? Diable d’André ! Il m’en aura donné des sueurs froides avec ses histoires !

Je sors à nouveau la clef et la vérifie. C’est pourtant la bonne. Je souffle dessus pour enlever la poussière et retente d’ouvrir. Rien à faire ! Je m’énerve et tente de forcer la clef une nouvelle fois avec rage, quand je suis arrêté net par des bruits suspects, des bruits qui proviennent de mon appartement…

L’angoisse m’étreint à nouveau. Quelle poisse ! Un intrus chez moi ! Je colle mon oreille à la porte : il y a des bruits tout proches, là, juste derrière. Mon cœur bât la chamade. Il y a quelqu’un, je le sais, je le sens.

Prévenir la police ou un voisin ? Un discret cliquetis de serrure m’indique que je n’en ai pas le temps. Je serre fort mon poing et ma mâchoire se contracte. Je concentre toutes mes forces dans mon bras en suspension face à la porte. Qu’il ouvre ce bandit, s’il ose !

L’immeuble est silencieux et semble retenir son souffle. Le temps est comme suspendu à cette porte.

Un grincement de gonds… Une seconde interminable. La porte qui s’entrouvre timidement, lentement. Une éternité. Puis soudain, une ombre imposante devant moi. En une fraction de seconde, ma peur a détendu avec une force inouïe mon bras armé d’un poing devenu dur comme fer. La chaleur d’un corps au bout de mes doigts et la douleur de ma main écrasée m’indiquent que je l’ai touché !

L’individu vacille et son bras, étrangement long, répond à mon coup par une étincelle immédiate et percutante qui achève de me nouer le ventre et déchire mon abdomen d’une piqûre foudroyante.

*

Un voile blanc, une sensation de légèreté. Ca y est, je dors ! Tête en l’air comme je suis, j’ai confondu le paillasson avec mon lit. Ma mère me l’avait bien dit : « étourdi !!! Un jour, ça te jouera des tours, fais donc un peu attention ! ».

La voix d’André me parvient, lointaine : « Franck ! C’est pas vrai ! Franck ! Mais qu’est-ce que tu faisais devant chez moi ! Avec ces histoires, j’ai cru qu’on forçait ma serrure ! Pourquoi tu ne m’as pas dit que c’était toi ! Franck ! Réponds ! Fraaaannnnnccccckkkkkkk…..! Qu’est-ce que j’ai fait !!!!..........».

Puis, un silence de mort…

Sacré André ! Il avait raison lui aussi, il y a un vrai problème d’insécurité dans cet immeuble. 

Voisins

Dans nos quartiers résidentiels de banlieue, les maisons se succèdent souvent collées les unes aux autres. Cette promiscuité n'est pas sans conséquences car il faut savoir partager son bout de trottoir avec les voisins (notamment pour garer les voitures), et rester courtois avec ceux qui ne le sont pas. Fort heureusement, il y a aussi de bons moments passés avec ceux que nous apprécions.

Les voisins ? Vaste sujet ! 

- il y a ceux de droite avec lesquels nous sommes devenus amis parce que nos filles ont fréquenté la même classe, parce que nous pratiquons des échanges ("t'as pas un oeuf ? il te reste un peu de farine ? tu aurais pas un médicament pour les allergies ? tu me prêtes ton échelle...."), mais aussi parce que nous aimons partager ensemble un bon petit apéro ! Nous sommes conscients de la chance que nous avons de nous être trouvés et d'avoir sympathisé (il parait qu'avec les anciens proprios, c'était pas la joie...). Bref, ils sont vraiment sympas ! (j'en rajoute un peu au cas où ils liraient ces lignes...).

- il y a les gentils petits vieux à gauche, que nous saluions quand ils prennaient le soleil dès les premiers rayons du printemps, qui se reposaient, heureux et paisibles, dans leur jardin fleuri en été, mais qui se fanaient un peu plus chaque automne. Et puis, il y a eu un printemps où il n'y en avait plus qu'un et le suivant où il n'y en avait plus aucun... Les printemps passent à présent sur le jardin sans plus personne pour en profiter.

- il y a les voisins d'en face (les numéros impairs) : la petite mamie qui ouvre ses volets en même temps que nous le matin. Elle ne sort plus guère et les infirmières la visitent deux fois par jour. Elle a une femme de ménage, un jardinier et un fils qui vient souvent pour le déjeuner ou en famille le week-end. A sa droite, il y a la maison de  "super papy", super dynamique mais super bavard, à qui il ne faut pas se risquer à adresser la parole le matin quand on est pressé ! Il y a les voisins plus discrets qui saluent du bout des lèvres et vivent en totale autarcie, ou encore le bricoleur avec qui on échange outils et "trucs et astuces" et occasionnellement un peu d'huile de coude.

 Au final, on connait plutôt bien les deux ou trois maisons de chaque côté et en face de chez nous, mais ça ne va guère plus loin. Et quand je parle de mes voisins à d'autres connaissances du bout de la rue, ils ne les connaissent pas : c'est long une rue ! 

 Et puis, il y a la maison de derrière, celle des voisins dont vous ne connaissez pas le nom et que vous ne croisez jamais puisqu'ils n'habitent pas la même rue, mais avec lesquels vous partagez un mur mitoyen : le "voisin du fond du jardin".

Ce voisin-là, nous connaissons sa vie : les déjeuners dominicaux en famille, les barbecues entre amis, les fêtes d'anniversaires de leurs jeunes souvent en juin après les examens, les volets qui indiquent les heures de lever et coucher ou les départs en vacances, la couleur des draps qui sèchent en été, l'abri de jardin refait à neuf, la camionnette des pompiers qui vient chercher le père qui s'est coupé le bras en bricolant, la jeune fille sans nom qui fume sa cigarette le matin et que l'on aperçoit en ouvrant nos volets...

Somme toute, nous connaissons leur rythme de vie, leurs habitudes, sans jamais (ou presque) leur avoir adressé la parole. Quant à eux, ils ont vu monter nos murs, connaissent aussi nos habitudes, les volets du dernier que l'on ferme à l'heure où eux passent à table, les ballons qui arrivent chez eux, les bruits de bricolage ou les mélodies du piano. Ils étaient et sont aux premières loges ! Tant et si bien que nous avons l'impression de les connaître. 

Cette semaine, un faire-part sur la porte de la boulangerie annonçait le décès d'une jeune fille... "Pauvres parents !" pensai-je, sans y prêter plus attention : je ne connais personne de ce nom ! C'est toujours triste de voir des parents annoncer le décès de leur enfant. On ne peut rester insensible.

Et c'est au détour d'une conversation avec un autre voisin que nous avons réalisé que nous ne verrions plus la jeune fille qui fumait sa cigarette le matin quand nous ouvrions nos volets. Adieu Léa ! Il aura fallu que tu meures pour que nous sachions ton prénom ! "Mais pourtant, je l'ai vue il y a quelques jours fumant sa clope matinale ?!!"...

Quelques heures, quelques jours... Les jours défilent dans nos banlieues et des drames se jouent à quelques mètres de nous.  

Cauchemars

La nuit égrenait ses minutes reposantes

Enrobant la maison de son ombre inquiétante

Tandis que la perfide lumière du réverbère

Jouait à animer des jeux, devenus monstrueux.

 

Quand une plainte craintive retentit dans la nuit :

Maman chérie, maman chérie !

 

A l’étage, le petit homme s'est réveillé

Ses yeux grands ouverts, comme exorbités

Et son visage défait par la peur,

Cherchent le réconfort de bras protecteurs.

 

Un vilain cauchemar l’a épouvanté

Parce que la lumière n’était pas allumée.

Sois sans crainte petit Amour,

Un câlin va chasser ce rêve trop lourd.

 

La nuit n’est pas une ennemie terrifiante,

Elle enrobe les objets de son ombre imposante

Pour bercer les enfants comme une amie

et donner du repos au corps et à l’esprit.

 

Va tranquille au pays des rêves, petit homme

Un bisou, un câlin et reprends ton somme.

 

La nuit égrène à nouveau ses minutes reposantes

Enrobant la maison d’une ombre changeante

Tandis que la douce lumière du réverbère

Guide les dormeurs vers d’autres rêves éphémères.

 

Quand une plainte craintive retentit dans la nuit :

Maman chérie, maman chérie !

 

A l’étage, pour la troisième fois, petit homme a appelé

L’horloge explique la lourdeur des paupières de sa mère

En la narguant de chiffres unitaires

Elle se lève, ensommeillée, et monte à son chevet.

 

Il n’a plus envie de dormir, assure-t-il avec aplomb

C’est pourtant bien l’heure d’avoir un sommeil de plomb !

Il entoure sa mère de ses bras fluets, lui raconte sa vie,

Et c’est elle qui est bien vite endormie.

Transports

Il n'y a rien de moins commun que les transports du même nom et le sujet n'est pas plus ennuyeux que de parler d'un chantier. Voyez-vous, lassée de la poussière, des parpaings et autres BA13, j'ai repris un travail depuis peu. Métro, boulot, dodo ? Pas encore ! Quand on commence une nouvelle aventure, nos sens sont en éveil à toutes les nouveautés qui s'offrent à nous. Ce n'est plus le cas pour vous ? Respirez un bon coup ! Et en voiture !

Me voici donc le matin filant prendre mon train. Le voilà qui arrive au loin, serpentant comme un ver de terre. Il ralentit, s'arrête devant les petits troupeaux de voyageurs hagards, programmés pour monter et descendre, mais qui ont tout de même repéré au centimètre près l'emplacement de la porte qui les intéresse. Pas une minute à perdre, la fermeture des portes menace déjà alors que les voyageurs ne sont pas encore tous montés ! Ouf, j'y suis. Quel bonheur ! Il faut jouer du livre à livre ou du journal-journal pour se frayer un espace acceptable. Enfin le temps de lire ! (c'est quand même le principal intérêt des transports en commun franciliens). Le wagon est curieusement silencieux malgré le nombre important de personnes. C'est presque bizarre un tel calme ! Les visages sont fermés, insensibles et absents.

Les voyageurs sont répartis en deux classes sociales : ceux de la première heure, les vernis qui sont assis, et puis le troupeau (dont je suis), balloté au gré des irrégularités du trajet. Certains lisent un livre ou un journal, d'autres paraissent endormis. Pourquoi ces voyageurs ont-ils tous la tête baissée en ce début de journée, comme s'ils faisaient pénitence ? Un jeune se fait bercer par un fond musical, qui profite d'ailleurs à tous ses voisins. Je rigole en voyant la taille ridiculeusement petite de son Ipod et en repensant au baladeur à cassette que j'utilisais étudiante... Un homme debout pose la main sur l'épaule de sa femme assise, qui la lui saisit et la caresse. Comme c'est agréable un peu de tendresse dans ce monde en détresse ! Les vitres s'embuent au fur et à mesure des minutes qui s'échappent. Les maisons défilent. Les ouvriers sont à l'oeuvre dans les chantiers, les enfants courent dans les cours d'école. Un volet se remonte et laisse apparaître une petite mamie en robe de chambre rose et bigoudis. "Bonjour, Madame ! Le ciel est bleu, c'est une belle journée de printemps. Profitez-en."

Nous nous engouffrons dans un tunnel noir comme un four. Les livres se rangent, les journaux se plient, les têtes se relèvent et prennent un air sévère mais toujours aussi absent. Tout le monde est sur le qui-vive. "La Défense" ! Les portes s'ouvrent et, toutes griffes dehors, la foule se rue comme un seul homme, vers les escaliers. Un inconscient défie le courant de cette marée humaine, dans l'espoir fou de monter l'escalier et d'attraper le train qui, narquois et indifférent, annonce déjà son prochain départ.

Le courant me porte, presque sans toucher terre. Pas le choix, marche ou... marche. Deux couloirs se croisent, créant un premier ralentissement. Puis un deuxième se forme devant la barrière de péage ; on se croirait à Saint Arnoult un dimanche de grand retour ! Plus lucide que mes collègues défenseurs, je me faufile vers la file de droite qui est, comme toujours, plus rapide et, avec mon passe liberT, je franchis sans encombre cet obstacle. "Cliquetis, cliquetas, passe par-là" semblent chanter en choeur les tourniquets. Je me retrouve dans le hall de la Défense, qui porte bien son nom. Il faut se battre pour avancer dans le sens choisi : les gens pressés se croisent et s'entrecroisent sans se rencontrer, se doublent et se bousculent pour aller s'engouffrer dans une autre rame, vers un autre tunnel. On ne reste pas à la Défense, on y correspond mais pas humainement. Quelques courageux essayent de croiser cette bande humaine pour entrer dans un magasin, parfois en vain.

Absorbée par la masse noire de la foule dont seuls les pas martèlent le silence, je me dirige irrémédiablement vers la bouche affichant victorieusement les numéros des lignes de bus tels les numéros gagnants du loto. Là, deux grandes langues avalent ses victimes, consciencieusement, les unes après les autres, vers une journée plus ou moins glorieuse. En haut de l'escalator, une tour surplombe l'entrée du gouffre et un bout de ciel apparait comme pour rappeler que nous vivons bien sur la planète bleue. Pas le temps d'en profiter, virage à droite, direction l'aérogare... des bus. C'est un long couloir fait de briques et d'acier avec des spots alignés au plafond rappelant une piste d'atterrissage. D'ailleurs, on a vraiment l'impression d'être dans un hall d'aéroport (en moins propre). Des deux côtés se trouvent, tous les 20 mètres, les portes d'accès aux bus avec le numéro du vol. Des écrans indiquent le prochain départ et les usagers se pressent dans ce long couloir.

Comme un mouton de panurge, je m'entasse dans la masse bigarrée du 258 en partance pour Nanterre. Toujours ce même silence matinal. Une petite femme arrive et tombe dans les bras d'une de ses collègues. La conversation va bon train : "ça va ?" dit la première à la tête de Julie Andrews dans "La mélodie du bonheur" et au sourire béat. "Et le boulot, ça va ?" Non, décidément, la pauvre petite femme ne va pas, entre un chef évidemment acariâtre et exigeant et une mauvaise nuit à cause de maux de dos qu'elle a souvent, mais c'est pas grave, ça va passer et, non, elle n'a pas vu de docteur... "Et sinon, ça va ?"...  Sauvée par l'arrivée du bus, Julie Andrews coupe court au monologue de sa petite collègue collante pour se concentrer sur son ticket à valider et sur sa place dans la file (si on peut utiliser ce nom pour l'amas de personnes qui se poussent pour obtenir chèrement sa place dans l'embarquement en cours). "On tasse ! On tasse encore un peu au fond, s'il vous plait !" C'est qu'on en met du monde dans un bus !

Nous démarrons. Toujours le silence mais à y bien écouter, on peut entendre le tintamarre assourdissant des pensées des uns et des autres : la fièvre du petit, les prochaines vacances à prévoir, le rapport à finir pour avant-hier, la grand-mère souffrante, la météo du jour, le rendez-vous avec l'instituteur, le frigo vide, le bac du grand à réviser, la voiture en panne, le loyer à payer, les impôts à provisionner, le déménagement à organiser, la rupture à annoncer, la bonne soirée d'hier et la nuit torride qui a suivie, etc. Et ce bus qui se traîne... A mes pieds, un autocollant fixé sur le sol propose les services à domicile d'un ostéopathe... Où est-elle la petite dame souffrante ?

Montées et descentes s'entrecroisent en râlant. Et le bus, toujours aussi lourd, repart péniblement. Un voyant rouge s'allume, tandis que le haut-parleur me sort de mes conjectures sur la nature humaine : "fini dodo, fini métro ! Au boulot !" J'y suis enfin, après une heure ! La journée peut commencer sans heurts.

Bonne fête Papa !

Déjà, il y a deux semaines, j'avais senti une certaine ironie à l'occasion de la fête des mères, aujourd'hui confirmée par la fête des pères : ça va être TA fête...

Qu'est-ce donc que cette fête qui, après une soirée bien arrosée chez des amis et un retour tardif voire matinal, vous oblige à quitter la quiétude onirique d'un sommeil réparateur ? 

Vous voulez la vérité sur la fête des mères et des pères ?

Il y a deux semaines, une petite voix douce, que j'imaginai d'abord être dans mon rêve, me susurra à l'oreille un "bonne fête maman", timide et chantant. Le sommeil dans lequel j'étais plongée demeurant de plomb, la voix se fit plus forte et insistante : "bonne fête maman !", puis plus oppressante : 'boooooooonnnne fffêêêêttttte, mammmaaaaannnnn !!!!". Hélas ! ce n'était donc pas un rêve.... Mes paupières ankylosées, laissèrent difficilement mes pupilles errer du côté du réveil, qui affichait crânement 7h45 !

Une petite bouille mielleuse se colla alors à mon visage, et nez contre nez, m'annonça fièrement et solennellement "c'est ta fête, maman !". C'était bien la première fois que je ressentais à quel point ce jour-là allait être MA fête ! Pendant ce temps, le papa dormait tranquillement à côté de moi, trop content que ce jour-là, ce ne soit pas SA fête à lui !

J'esquissai un "bonjour, mon chéri", à peine articulé, qui le ravit et lui donna le feu vert de la suite des réjouissances. "J'ai un cadeau pour toi. Ouvre-le". Timidement, je me proposais de m'exécuter d'ici.... 5 minutes, le temps de me réveiller (ou pour être plus honnête de me rendormir). Rien à faire : fait-on attendre quelqu'un qui vous offre un cadeau ? J'arrachai donc mes bras à la chaleur moelleuse de la couette pour saisir ce présent, objet de tant d'attentions, et fruit de tant d'heures de travail à l'école. Le visage poupin et béat de mon fils, toujours collé au mien, scrutait avec attention la moindre de mes réactions (pourtant si peu nombreuses ce matin-là !).

Je le laissai m'aider et découvrir une carte avec une fleur découpée et collée par ses soins, comportant un poème qu'il me déclama avec conviction et exactitude : "tu es la plus belle, la plus gentille, la plus tout.... et mon petit coeur est pour toi"... Poème très mignon évidemment et qui fait fondre un coeur de maman, mais quand même, une heure plus tard, j'aurais été mieux à même de l'apprécier ! Quant au petit cadeau joint à la carte (un porte-clef), mon fils me fit remarquer avec un air malin, qu'il portait son prénom et qu'il était donc... pour lui !

Je le remerciai pour tous ses magnifiques présents et retournai sous les draps, dans l'espoir de me rendormir rapidement. Mais, la petite voix d'ange me lança un "j'ai faim" qui signifiait : "maintenant que je t'ai fait un cadeau et que je t'ai dit que tu étais la plus merveilleuse des mamans, il faudrait quand même que tu t'occupes un peu de moi !" Elle est loin l'image d'Epinal où la maman se prélasse toute la matinée, avec le petit déjeuner servi au lit !

 BONNE FÊTE, MAMAN !!!

Et aujourd'hui, c'est la fête des pères. Aujourd'hui, j'ai pu dormir ! C'est SA fête à LUI ! Réveil à 8 heures (il a de la chance, il a gagné un quart d'heure !), petits mots d'amour et petit cadeau, petit déjeuner à préparer rapidement, etc.

Qui donc a inventé une telle tradition ???                                                                        

C'est en 1806 que Napoléon aurait évoqué la création d'une fête des mères officielle au printemps. Mais, ce n'est que le 9 mai 1920 que le ministre de l'Intérieur de l'époque proclama la première Journée Nationale des Mères de familles nombreuses. Le Gouvernement prit alors la décision de célébrer chaque année la "Journée des mères". La première cérémonie eut lieu le 20 avril 1926. Le 25 mai 1941, le Maréchal Pétain institue définitivement la « Journée nationale des Mères ».

Le 19 juin 1910 aux États-Unis (à Spokane) a eu lieu la première "Fête des Pères". L'idée est venue d'une femme élevée par son père et qui souhaitait ainsi lui rendre hommage. En France, la fête des pères n'a jamais été "décrétée".

Et depuis, de colliers de nouilles en jolis poèmes, chaque année nous avons droit d'être réveillé(e)s, dès potron-minet, par nos chères têtes blondes qui nous déclament d'un air angélique leur petit mot d'amour.

J'en viens à me demander si ceux qui ont inventé cette fête, n'avaient pas des comptes à régler avec leurs parents !

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