fin de vie

A vendredi ?

Ce moment émouvant où je t’embrasse sans savoir si je te reverrai la semaine prochaine, 
C’est long une semaine quand on ne sait plus combien de jours ou de semaines on va pouvoir encore compter,
C’est court une heure quand on a encore tant à se dire,
Chambouler présent et avenir, vivre l’incertitude mais la certitude d’être là où l’on doit,
Profiter encore un jour, une heure, un instant, 
Le sentiment d’inachevé, l’urgence de prendre encore un peu de cette tendresse irremplaçable, une caresse sur la main, un regard, un baiser, un mot, « au revoir ma chérie », 
Plus de phrases, plus d’emphase, l’écoute, l’essentiel, l’important, les souhaits,
La maladie qui arrête prématurément les vies, la dépendance et sa valse du médical qui casse le charme des partages, rythme les journées comme seul repère, baromètre du moral de tous, 
La dépendance de l’indépendant, l’impensable, la stupeur, l’inconnu, 
La grâce de ces moments où l’on est juste bien ensemble, moments réinventés de partage en famille autour d’un lit, bonheur volé surprenant où s’efface l’idée de cette minute terrible où une page de notre histoire familiale se tournera, 
Les émotions qui vont et viennent, comme le soleil qui succède à la pluie dansant derrière ta fenêtre, les mouchoirs, le sel au bord des lunettes, les bras comme autant de mètres d’amour pour s’entourer les uns, les autres,
Les paupières lourdes qui se ferment doucement en pleine discussion, le silence respectueux qui s’installe, l’observation du souffle, l’inquiétude du sommeil, l’incohérence du réveil,
L’insouciance heureuse des enfants qui rigolent et courent et nous remettent dans la vie, la dent qui bouge de l’un, le sourire édenté et chocolaté de l’autre, le soutien affectif des plus grands,
La musique pour apaiser l’esprit, la prière pour apaiser l’âme et réchauffer le cœur,
Le froid de la nuit qui interroge sur les priorités qu’on se donne, sur la réalité de nos vies trépidantes pour quelle place pour ceux que l’on Aime, 
Le temps déjà passé, le temps dépassé, le temps qui ne peut s’acheter, le temps qui nous trahit tous, 
A vendredi Papa, s’il plait à Dieu de te laisser encore jusque-là.

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